La chute du géant suédois des batteries remet en question les ambitions de l’Europe face à la Chine et fragilise les relations UE-Rwanda. Ce matin, dans les bureaux feutrés de Stockholm, l’annonce est tombée comme un couperet : Northvolt, ce fleuron européen des batteries électriques sur lequel reposaient tant d’espoirs, a officiellement déclaré faillite. Une nouvelle qui résonne bien au-delà des frontières scandinaves, jusqu’au cœur de l’Afrique, où le Rwanda de Paul Kagame misait énormément sur ce partenariat stratégique.
Northvolt n’était pas qu’une simple entreprise. Cette giga-usine suédoise incarnait l’ambition européenne de s’affranchir de la dépendance technologique chinoise dans le secteur crucial des batteries. Véritable fer de lance du Green Deal européen, elle symbolisait la volonté du continent de devenir un acteur majeur de la transition énergétique.
« C’est un coup dur pour l’autonomie stratégique européenne », confie sous couvert d’anonymat un haut fonctionnaire de la Commission européenne. « Nous avions misé sur Northvolt pour concurrencer les géants asiatiques et sécuriser notre chaîne d’approvisionnement ».
Le Rwanda et l’accord sur les matières premières critiques : un château de cartes qui s’effondre ?
Cette faillite ébranle directement le partenariat privilégié entre l’Union européenne et le Rwanda. Le Memorandum of Understanding (MoU) signé entre Bruxelles et Kigali visait essentiellement à garantir l’approvisionnement en matières premières critiques – lithium, tantale et autres métaux stratégiques – indispensables au fonctionnement de Northvolt.
Doté d’une première enveloppe de 900 millions d’euros, ce partenariat offrait au régime de Paul Kagame une précieuse légitimité diplomatique et des ressources financières considérables. Sans Northvolt, la question se pose désormais : que devient ce partenariat stratégique ?
Kagame : un pari risqué qui tourne mal
Pour le président rwandais, cette faillite représente bien plus qu’un revers économique. Elle menace directement sa stratégie diplomatique soigneusement élaborée, qui consistait à se positionner comme un partenaire incontournable de l’Europe sur les questions d’approvisionnement en minerais stratégiques.
Le timing ne pourrait être plus défavorable pour Kigali. Alors que les critiques internationales s’intensifient concernant les violations des droits humains au Rwanda et son implication avérée d’agression de la RDC, ce partenariat avec l’Europe constituait un précieux bouclier diplomatique.
« Kagame perd là une carte maîtresse dans son jeu d’influence », analyse un expert des relations internationales spécialisé dans la région des Grands Lacs. « Sans ce contrat, les financements européens risquent de se tarir et les pressions sur les questions de droits humains pourraient s’intensifier ».
Dans ce jeu d’échecs géopolitique, un acteur observe la situation avec satisfaction : la Chine. Déjà solidement implantée en République Démocratique du Congo avec ses propres circuits d’approvisionnement en minerais stratégiques, Pékin voit s’effondrer la tentative européenne de créer une filière alternative.
Les géants chinois des batteries comme CATL et BYD, qui dominent déjà le marché mondial, voient ainsi disparaître un concurrent potentiel majeur. « La Chine consolide sa mainmise sur la chaîne d’approvisionnement des batteries, de l’extraction des minerais à la production finale », souligne un analyste du secteur.
Un avenir incertain pour le « Green Deal » européen
Cette faillite intervient par ailleurs dans un contexte délicat pour l’Europe. Le nouveau plan « ReArm Europe », doté de 800 milliards d’euros, témoigne d’un glissement des priorités vers le renforcement militaire, potentiellement au détriment du Green Deal et des investissements dans la transition énergétique.
La question se pose désormais : l’Europe abandonne-t-elle ses ambitions vertes ? La faillite de Northvolt pourrait n’être que le premier domino d’une série d’échecs dans la stratégie européenne face à la domination chinoise dans les technologies propres.
Pour la RDC, le Rwanda et plus largement l’Afrique centrale, ces bouleversements stratégiques risquent de redessiner profondément la carte des alliances et des influences dans une région déjà fragilisée par des décennies de conflits liés aux ressources naturelles.
© FNK pour afriwave.com