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RWANDA : La fin de l’empire du mensonge, le paradoxe de « Funga Mukanda »

C’est sa première sortie en meeting populaire devant des milliers de personne depuis sa réélection controversée à la « soviet » pour la quatrième fois en juillet 2024. De ce rassemblement du dimanche 16 mars 2025, le président rwandais Paul Kagame n’avait qu’un seul sujet dans sa bouche : « le conflit dans l’Est de la RDC ». Une occasion pour lui d’appréhender les dures sanctions internationales qui frappent et frapperont encore son pays pour son « aventure militaire » avec l’invasion de son armée d’une partie de la RDC avec pour objectif le pillage illégal des ressources minières que regorgent le sous-sol.

Face aux difficultés économiques croissantes : sanctions de l’UE, partenariat suspendus, l’aide au développement gelée … des temps difficiles qui s’annoncent pour les rwandais appelés par leur président à « serrer la ceinture » pour « défendre nos droits » en insistant « qu’il le faut ». Ce message sans précédent : « Funga mukanda » (serrez la ceinture) traduisant une injonction à la privation, venant d’un homme qui vit dans un luxe ostentatoire ; révèle les contradictions profondes d’un régime à bout de souffle. Derrière ce discours se cache une réalité qu’il ne peut plus dissimuler : l’économie rwandaise vacille, non pas à cause de ses voisins, mais en raison des choix politiques et militaires d’un homme prêt à tout pour maintenir son pouvoir.

La grande supercherie territoriale : quand Kagame instrumentalise l’histoire

Dans son meeting de dimanche 16 mars 2025, Kagame affirme sans en démontrer des preuves que « l’ancienne puissance coloniale avait toujours cherché à affaiblir le Rwanda ». Dépité, en kinyarwanda ; il lançait : « Ce que vous voyez chaque jour, les accusations qu’ils nous lancent, nous appelons cela gukoronga : des insultes et des attaques constantes. Ils parlent de la guerre au Congo, d’abord en la présentant comme une guerre du Rwanda, puis en affirmant que nous la soutenons. Les Belges vont à Kinshasa, pointent du doigt le Rwanda et disent qu’ils vont nous imposer des sanctions et mobiliser le monde contre nous. Ils n’ont aucune honte. Mobiliser le monde contre le Rwanda, un si petit pays ? Ils devraient nous laisser tranquilles ».

Pourtant, les faits racontent une autre histoire. Le président rwandais tente de justifier ses ingérences en RDC par la présence de Rwandais au-delà des frontières : « Ce n’est pas le Rwanda qui les a amenés là-bas. Le Rwanda n’a pas déplacé des Rwandais à Kisoro en Ouganda. Le Rwanda ne les a pas emmenés à Masisi, Rutshuru et autres lieux ». Il en profite également pour accuser la Belgique d’avoir amputé une grande partie du territoire rwandais au profit du Congo à l’époque coloniale, donnant ainsi au Rwanda une superficie comparable à celle de la Belgique.

Cette manipulation grossière de l’histoire occulte une réalité fondamentale : les frontières africaines, héritées de la colonisation, ont effectivement séparé des communautés, mais cela ne justifie en rien les ambitions expansionnistes du Rwanda. Quand Kagame déclare que les pays voisins devraient « expulser ces populations avec leurs terres », il révèle ses véritables intentions hégémoniques sur l’Est de la RDC, riche en ressources naturelles.

La rhétorique du président rwandais ne résiste pas à l’analyse des faits. Comment peut-il prétendre « se défendre » alors que ses troupes sont régulièrement documentées opérant loin à l’intérieur du territoire congolais ? L’Est de la RDC n’est pas menacé par Kinshasa, mais par le Rwanda et les groupes armés soutenus par Kigali qui pillent ses ressources depuis plus de trois décennies.

L’austérité sélective : un régime qui sacrifie son peuple mais pas ses privilèges

« Tighten their belts ». Cette expression utilisée par Kagame prend une dimension particulièrement cynique venant d’un dirigeant qui vit dans l’opulence. Alors qu’il annonce la faim, les difficultés économiques et la « brutale réalité des sanctions » à son peuple, lui-même continue de voyager en jets privés appartenant à Crystal Ventures, le conglomérat commercial de son régime.

Le contraste en est saisissant : pendant que les Rwandais ordinaires souffrent de la hausse des coûts et du manque d’opportunités, Kagame détourne les ressources de l’État vers des opérations militaires coûteuses en RDC et vers le lobbying international destiné à préserver son image. Le budget national privilégie systématiquement la sécurité du régime au détriment du bien-être des citoyens.

Ce qui est particulièrement frappant dans cette mise en scène du pouvoir, c’est l’obligation faite aux Rwandais d’applaudir leurs propres difficultés. Dans un pays où la dissidence est sévèrement réprimée, où les opposants disparaissent ou sont assassinés, même l’annonce de l’aggravation de la pauvreté devient une occasion d’acclamer le dirigeant. Ce système de contrôle, basé sur la peur, permet à Kagame de maintenir l’illusion d’un soutien populaire alors même que ses politiques appauvrissent la Nation.

Les sanctions évoquées par Kagame ne sont pas le résultat d’un complot international contre le Rwanda, mais la conséquence directe de ses actions déstabilisatrices dans la région. Ce n’est pas le Congo-Kinshasa qui est responsable de la misère du Rwanda, mais bien les choix stratégiques d’un homme qui préfère la guerre à la paix, l’exploitation à la coopération.

Dans son discours virulent, il s’en est pris à la Belgique, perçue comme l’initiatrice des mesures punitives contre son pays par plusieurs chancelleries occidentales. Début de ce mois de mars 2025, l’Allemagne a rejoint les États-Unis et le Royaume-Uni en imposant des sanctions contre le Rwanda en lien avec le conflit dans l’Est du Congo.

Avec sa rhétorique mensongère, Kagame dit défendre les efforts de la SADC et l’EAC pour une solution politique dans l’Est de la RDC pendant que ses proxys rebelles continuent de conquérir des territoires. Il a également accusé la Belgique d’avoir amputé une grande partie du territoire rwandais au profit du Congo à l’époque coloniale, donnant ainsi au Rwanda une superficie comparable à celle de la Belgique.

Qu’on se rappelle qu’entre le Rwanda et la Belgique, c’est une guerre ouverte depuis 2023 lorsque Bruxelles avait refusé l’accréditation de Vincent Karega comme ambassadeur désigné du Rwanda, une décision que Kigali avait qualifiée de regrettable.

A lire aussi : Diplomatie : Affaire Vincent Karega, colère et frustration de Kagame contre Bruxelles https://www.afriwave.com/2024/03/27/diplomatie-affaire-vincent-karega-colere-et-frustration-de-kagame-contre-bruxelles/

Avec son aveu de dimanche 16 mars 2025, le voile tombe enfin sur le « miracle rwandais » tant vanté. Derrière la façade de développement se cache un régime autoritaire qui a choisi d’utiliser son peuple comme bouclier humain pour justifier ses ambitions régionales. Mais la réalité économique finit toujours par rattraper les empires bâtis sur le mensonge.

© FNK avec afriwave.com

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