Dans un discours qui rappelle étrangement ses précédentes sorties médiatiques, Paul Kagame s’en est une nouvelle fois pris à une puissance étrangère. Cette fois, c’est la Belgique qui se retrouve dans son viseur, accusée d’être « la cause première » des tueries au Rwanda, de son histoire politique tumultueuse et de sa situation actuelle.
Un refrain que les observateurs de la région des Grands Lacs connaissent par cœur, tant le président rwandais l’a entonné à maintes reprises, visant tour à tour la France, puis désormais la Belgique. Cette posture de victimisation perpétuelle s’accompagne d’une incapacité apparente à entretenir des bonnes relations stables avec ses voisins immédiats. Le Burundi, la Tanzanie, l’Ouganda et la République Démocratique du Congo ont tous, à un moment donné ou un autre ; été la cible des foudres de Kigali. Une constante qui pose question : pourquoi ce schéma se répète-t-il inlassablement ?
L’art de la diversion face aux sanctions
La réponse est à chercher dans les défis auxquels fait face le régime de Kagame. Confronté à des sanctions internationales croissantes liées au rôle du Rwanda dans le conflit qui déchire l’Est de la RDC, le président rwandais tente désespérément de détourner l’attention. Pointer du doigt la Belgique permet commodément d’occulter son soutien aux rebelles du M23 et les multiples violations des droits humains commises avec sa bénédiction, voire sous son commandement.
Ces accusations surviennent alors même que l’Occident, y compris la Belgique, réduisent leurs aides au développement, y compris celle militaire au Rwanda et impose des sanctions au pays. En présentant la Belgique comme l’ennemi, Kagame cherche habilement à discréditer ces mesures, les qualifiant de punition néocoloniale plutôt que de réponse légitime à ses propres turpitudes politiques déstabilisatrices.
Le passé colonial comme bouclier permanent
Si le passé colonial belge au Rwanda est une réalité historique indéniable, Kagame et son régime instrumentalisent cette histoire pour s’absoudre de toute responsabilité concernant la répression interne, les assassinats politiques et la déstabilisation régionale dont ils sont les architectes.
Cette manipulation de l’histoire s’inscrit dans une stratégie plus large : comme nombre d’autocrates, Kagame prospère sur la menace extérieure. En présentant la Belgique comme l’ennemi du Rwanda, il renforce la loyauté de sa base et détourne la frustration publique de ses propres échecs.
Le plus révélateur dans cette affaire reste sans doute la méthode employée par Kagame face aux accusations. Plutôt que de réfuter les faits, il se contente de déplacer le blâme. Hier la France, aujourd’hui la Belgique, demain peut-être un autre pays. Cette mécanique prévisible masque difficilement la véritable problématique : ses actions au Rwanda et en RDC.
Au final, ce qui se joue sous nos yeux n’est qu’une énième représentation d’un spectacle bien rodé où Kagame, en parfait prestidigitateur politique, tente de faire oublier ses propres responsabilités par un tour de passe-passe rhétorique aussi usé qu’inefficace.
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