C’est une rencontre qui avait été préparée dans le plus grand secret, y compris dans les cercles restreints entourant les deux chefs d’Etat et très loin de toutes les agitations politico-médiatiques et des réseaux sociaux du moment.
Et le résultat, ce « Coup de théâtre » dans la crise entre la RD Congo et le Rwanda avec la rencontre de 45 minutes du mardi 18 mars à Doha sous l’égide du Qatar qui a communiqué sur les mêmes réseaux sociaux avec l’unique photo symbolique où l’on voit Félix Tshisekedi et Paul Kagame réunis autour de l’Emir Al Thani.
Alors que tous les yeux étaient tournés vers les discussions prévues le même mardi 18 mars à Luanda en Angola pour tenter de mettre fin au conflit dans l’Est de la RD Congo, c’est plutôt au Qatar que rebondissait l’actualité où les deux présidents se sont engagés dans un communiqué qui ne fait aucune mention du M23 sur un « soutien en faveur d’un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel et la consolidation dans l’engagement commun en faveur d’un avenir sûr et stable pour la République démocratique du Congo et la région ».
Les deux dirigeants ayant également « convenu de la nécessité de poursuivre les discussions entamées à Doha afin d’établir des bases solides pour une paix durable ». Les pourparlers de paix initialement prévus en Angola pour résoudre le conflit s’étant vus compromis par la volte-face de dernière minute du groupe armé M23 qui a refusait la veille au soir d’y participer, le pays hôte annonçant leur annulation en raison de circonstances imprévues.
Les ressources minières
Le nerf de la guerre qui déchire l’Est de la RDC frontalier du Rwanda depuis plus de 30 ans demeure les ressources minières dont regorgent cette partie du pays. Kinshasa a toujours clairement accusé son voisin d’instrumentalisation des conflits armés pour un but bien défini : favoriser le pillage des minerais rares. Kigali, au travers du M23 soutenu par l’armée rwandaise se défendant de protéger les intérêts des populations tutsies dans la région tout comme son pays contre les « génocidaires » de 1994. Conséquence, les différentes offensives des forces spéciales rwandaises qui ont permis l’occupation en grande partie des deux provinces de l’Est, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu ; avec leurs capitales Goma et Bukavu.
Et le choix du Qatar dans tout ça…
Le choix de l’Emirat du Qatar dans une tentative de solution pour la paix n’est anodin. De l’économie aux minerais, le Qatar possède des grands investissements au Rwanda en commençant par la compagnie d’aviation Rwandair aujourd’hui en délicatesse avec les autorités congolaises qui lui ont interdit les droits d’atterrissage comme de survol de l’espace aérien du sol congolais. Il faut aussi signaler le futur aéroport international de Kigali dans lequel l’émirat compte investir des milliards de dollars dans sa construction.
Ainsi, face aux multiples sanctions internationales qui frappent le Rwanda pour son aventure militaire en RDC avec une possibilité certaine de l’effondrement de son économie et par ricochet de ses investissements. Le Qatar n’avait plus de choix que de tenter une médiation « coup de poker » qui s’est révélé un « coup de maître » là où la France d’Emmanuel Macron a échoué de réunir les deux protagonistes afin de trouver rapidement une solution afin de pouvoir sauver les meubles.
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L’imposition le lundi 17 mars 2025 par l’Union européenne (UE) des sanctions contre la raffinerie d’or Gasabo (Gasabo Gold Refinery), basée à Kigali, pour son rôle dans l’exportation illicite de l’or extrait illégalement en RDC a été un autre coup dur. Selon l’UE, Gasabo Gold Refinery a débuté ses activités de raffinage le 1er juin 2022, après la fermeture de la raffinerie d’or Aldango (Aldango Gold Refinery) ; exploite le conflit armé, l’instabilité et l’insécurité en RDC, notamment en s’engageant dans l’exploitation et le commerce illicites de ressources naturelles. « L’extraction illégale et le trafic de ressources naturelles provenant de l’est de la RDC, telles que l’or, alimentent l’escalade du conflit. Le transit de l’or via la seule raffinerie d’or du Rwanda, Gasabo Gold Refinery, contribue à l’exportation illicite de l’or extrait illégalement », précise l’Union européenne.
Le fait de sanctionner cette raffinerie d’or, véritable vache à lait du système a déstabilisé tout le circuit d’approvisionnement d’or avec le Qatar qui a massivement investi dans ce secteur au Rwanda. Affaibli et diminué économiquement, Kagame qui se prévalait encore lors de son meeting du dimanche 16 mars 2025 que « les problèmes africains devaient être traités en Afrique par les Africains », s’est par contre dédouaner face au seul partenaire économique qui lui reste : le Qatar en acceptant la rencontre d’avec Félix Tshisekedi qu’il avait pourtant boudé à Luanda le 15 décembre 2024 dans la recherche d’une solution de paix dans la région des Grands Lacs.
Sanctions de l’UE par ici, partenariat suspendus par-là, l’aide au développement gelée … les temps difficiles s’annoncent pour les rwandais que leur président a appelés à « serrer la ceinture funga mukanda » pour « défendre nos droits » en insistant « qu’il le faut ».
Du côté congolais, les proches du pouvoir estiment que le « Président Tshisekedi a encore marqué un point de plus important en rencontrant personnellement Paul Kagame pour discuter de la paix à la place des pantins de l’AFC et du M23 comme il l’avait toujours clamé. Evitant de fixer le regard du Chef de l’Etat congolais pourtant assis à peine deux mètres en face de lui sur la seule photo de leur rencontre au sommet connue jusqu’à ce jour, le body language de Kagame dit tout : l’homme hier encore arrogant, se retrouve acculé et est au bout ; isolé, sanctionné, il cherche une issue ».
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L’analyste et journaliste congolais Joseph Emmanuel Bunduki Kabeya donne son point de vue : « Si la rencontre de Doha entre Tshisekedi et Kagame a été une surprise pour les observateurs de la scène nationale et internationale, elle révèle néanmoins un fait. La cohérence du Chef de l’État congolais. Qui a toujours déclaré vouloir discuter directement avec Kagame. Pas avec les marionnettes du M23/AFC/RDF/CDNP etc. Ces dernières ayant jusqu’à présent refusé d’accepter la voie de sortie de crise honorable pour tous définie dans les Accords de Nairobi. Alors que l’agitation et l’attention étaient focalisées sur la rencontre entre le groupe rebelle et la délégation de la RDC à Luanda du 18 mars autour du président angolais, voilà que la véritable rencontre du 18 mars à lieu au Qatar entre les Chefs d’État congolais et rwandais autour de l’Emir. Un black-out total a été tenu pour permettre un déplacement discret des deux Présidents à Doha ».
Et il poursuit que : « Pour Kagame, c’est « Game Over ». Il n’a plus les cartes en mains. Les massacres de Goma ont été ceux de trop. Ils sont minutieusement documentés. Kagame ne peut plus se cacher et nier la présence des troupes rwandaises en territoire congolais. Ses réactions fébriles face aux sanctions européennes qui lui tombent dessus notamment sa rupture brutale des relations diplomatiques avec la Belgique sont un signe de son désespoir. L’annonce officielle de ces sanctions ne permettent plus à ses soutiens ni au Qatar qui a investi dans la raffinerie d’or au Rwanda de le soutenir. Kagame est devenu toxique. Son pays risque de se transformer en un espace à éviter économiquement ».
En attendant d’en savoir le plus sur la rencontre du Qatar, Bunduki Kabeya esquisse un brin de lumière sur l’avenir : « À Doha, il est fort probable que l’Emir lui a demandé de reconnaître sa défaite et, s’il a encore un petit sens de l’honneur, de ne pas compromettre avec encore plus de douleur l’avenir des tutsis après son départ du pouvoir. Avec toutes les exactions qu’il a commises pendant 30 ans dans la région avec le FPR/RDF, qui peut accueillir les tutsi sur son territoire et leur faire confiance ? Quand on voit comment ceux qui ont été accueillis en RDC sont aujourd’hui les porteurs de velléités de revendications territoriales, il ne faut pas être grand clerc pour supputer que les tutsis ne vivront pas l’après Kagame dans la joie. Kagame qui s’est rendu à Doha est au pied du mur. Soit il sauve l’honneur en retirant pacifiquement toutes ses troupes et ses affidés du territoire congolais, soit il perd la face en ayant en filigrane la fin d’autres personnes qui étaient considérées comme des héros et qui ont fini leur vie de manière dramatique. Nous pensons à Jonas Savimbi, Saddam Hussein, Mouammar Kadhafi. Le dilemme de Paul Kagame est immense et profond. L’avenir nous dira quel sera son choix ».
Roger DIKU et Thaddée Luaba Wa Ba Mabungi pour www.afriwave.com
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